Terrains piétinés

Plantaginetea

Description

La végétation* des terrains piétinés est une végétation rase et souvent éparse formée d’espèces* adaptées aux pressions mécaniques récurrentes. Elle se rencontre sur des petites surfaces dans les endroits piétinés par l’homme ou par le passage de véhicules, que ce soit en bord de chemins agricoles, de sentiers, de routes, sur les bandes de roulement, sur les parkings en terre battue, les trottoirs et les pavements1. Elle peut aussi concerner des zones piétinées par les animaux dans les pâturages1. Le type de substrat sur lequel se déploie la végétation des terrains piétinés est très varié. Il peut s’agir, entre autres, de sols argileux, de terre battue, de graviers, de pavés ou de fissures dans le béton ou le goudron1. Les sols sont souvent superficiels et compactés.

La végétation des terrains piétinés peut être dominée par des espèces* annuelles* (Euphorbion prostratae, Polygono-Coronopion), en général sur des sols moyennement secs à très secs (souvent en lien avec le compactage), ou par des espèces* vivaces* (Lolio-Plantaginion) sur des sols plus frais*, 1. Elle est formée d’espèces* étalées et plaquées au sol, rampantes ou en rosettes2, comme le grand plantain (Plantago major), la camomille matricaire (Matricaria discoidea), la renouée des graviers (Polygonum arenastrum), l’euphorbe maculée (Euphorbia maculata) ou la sagine couchée (Sagina procumbens)1. Elle est également composée de graminées tolérant le piétinement comme le pâturin annuel (Poa annua), le chiendent pied-de-poule (Cynodon dactylon), la petite éragrostide (Eragrostis minor), la digitaire sanguine (Digitaria sanguinalis) et l’ivraie vivace (Lolium perenne)1. Sur les chemins forestiers et les layons se rencontre typiquement le jonc grêle (Juncus tenuis)1.

Il existe aussi des groupements plus denses sur sols humides (Agropyro-Rumicion) dans les pâturages, au bord des chemins, des routes et des ruisseaux, qui sont typiquement dominés par des espèces* stolonifères formant des colonies comme l’agrostide stolonifère (Agrostis stolonifera), la laîche hérissée (Carex hirta), le pâturin commun (Poa trivialis), la potentille rampante (Potentilla reptans) ou la renoncule rampante (Ranunculus repens), ainsi que par la fétuque roseau (Festuca arundinacea) et le rumex à feuilles obtuses (Rumex obtusifolius)1.

Où observer

Sur les chemins agricoles en campagne ou entre les pavés en Vieille-Ville.

Quand observer

Toute l’année.

Profil

Surface en hectares
43
Pourcentage du canton occupé
0.15%
Humidité
Minimum Moyenne Maximum
2.5 3 3.5
Acidité
Minimum Moyenne Maximum
2.9 3.1 3.2
Richesse en nutriments
Minimum Moyenne Maximum
3 3.6 4
Granulométrie
Minimum Moyenne Maximum
4 4.3 4.5
Naturalité
Value
4

Le saviez-vous?

Le grand plantain (Plantago major) est une espèce typique des zones piétinées des chemins et des sentiers, qui se reconnaît facilement à ses rosettes de feuilles ovales à nervures parallèles, plus ou moins grandes et plus ou moins plaquées au sol selon l’intensité du piétinement. C’est une espèce d’origine eurasiatique qui est devenue cosmopolite suite aux mouvements de population entre les continents. En Amérique du Nord, certains peuples premiers, fins connaisseurs de leur environnement, ont remarqué l’arrivée de cette plante dans le sillage des Européens et l’ont appelée « white man’s footstep », soit « le pas de l’homme blanc ».

Valeur biologique

La végétation des terrains piétinés est largement répandue. Elle est composée d’une flore banale, hormis quelques espèces* thermophiles* rares* à Genève et faisant l’objet d’une protection. Il s’agit du coronope écailleux (Coronopus squamatus), de l’herniaire glabre (Herniaria glabra) et de la spergulaire rouge (Spergularia rubra)3, 4. Les groupements des endroits piétinés sur sols humides (Agropyro-Rumicion) sont peu fréquents, consécutivement au drainage et à l’imperméabilisation des terrains humides2. Ils hébergent des graminées rares* et protégées* à Genève: le vulpin fauve (Alopecurus aequalis) et le vulpin genouillé (Alopecurus geniculatus)3, 4. Les terrains piétinés présentent souvent des zones de sol nu et de graviers, appréciées par les criquets géophiles (qui vivent sur les sols nus) et thermophiles* comme le gomphocère tacheté (Myrmeleotettix maculatus), l’œdipode turquoise (Oedipoda caerulescens) et le tétrix des carrières (Tetrix tenuicornis). Les sols écorchés, sur les chemins en terre battue par exemple, sont importants pour certains insectes, notamment les abeilles sauvages, qui viennent y chercher des matériaux indispensables pour construire leur «nid».

Vulnérabilité et gestion

Les groupements liés aux sols humides de l’Agropyro-Rumicion sont en régression suite aux assainissements des zones humides et à la diminution des terrains vagues2. Ils ont un statut «vulnérable» en Suisse, selon la Liste rouge des milieux5. A cette exception près, la végétation des endroits piétinés est bien répandue et n’est pas menacée2. Cette végétation disparaît en cas de piétinement trop important et de surtassement du substrat6 ou, au contraire, de diminution de la pression et elle craint les herbicides. La présence de revêtements imperméables récents (goudron et béton non fissurés) empêche son développement. La végétation des terrains piétinés ne demande pas d’entretien particulier. Elle sera favorisée par la présence de sol nu, de graviers, de chemins en terre battue ou en chaille et de pavements.

Cartographie

Toutes les surfaces de végétation des terrains piétinés ne sont pas cartographiées, car il s’agit souvent de zones de petite taille qui échappent à la résolution de la carte. De plus, cette végétation peut évoluer rapidement en fonction du changement de l’intensité de piétinement et de l’urbanisation, soit vers des sols nus ou imperméabilisés (pose de goudron ou de béton), soit vers des formations rudérales annuelles à pluriannuelles en cas de perturbation des sols.

Dynamique

Fichier

Espèces

Flore vasculaire
Agrostide stolonifère Agrostis stolonifera
Ivraie vivace Lolium perenne
Rumex crépu Rumex crispus
Potentille rampante Potentilla reptans
Renouée des graviers Polygonum arenastrum
Pâturin annuel Poa annua
Grand plantain Plantago major
Plantain lancéolé Plantago lanceolata
Matricaire odorante Matricaria discoidea
Jonc grêle Juncus tenuis
Laîche hérissée Carex hirta
Fétuque roseau Festuca arundinaceae
Euphorbe maculée Euphorbia maculata
Petite éragrostide Eragrostis minor
Digitaire sanguine Digitaria sanguinalis
Chiendent pied-de-poule Cynodon dactylon
Coronope didyme Coronopus didymus
Renoncule rampante Ranunculus repens
Rumex à feuilles obtuses Rumex obtusifolius
Sagine couchée Sagina procumbens
Orthoptères
Criquet italien Calliptamus italicus
Gomphocère tacheté Myrmeleotettix maculatus
OEdipode turquoise Oedipoda caerulescens
Tétrix des carrières Tetrix tenuicornis
Coléoptères terrestres
Tetrix tenuicornis
Auteurs
Anne-Laure Maire, Yves Bourguignon, Pascal Martin, Florian Mombrial, Patrice Prunier