Potagers

Veronico-Euphorbion / Polygono-Chenopodion / Panico-Setarion

Description

Sous «potagers» (ou jardins potagers) sont catégorisés les lopins de terre de cultures vivrières, généralement de plantes herbacées*. Il s’agit de plantations de légumes et de petits fruits, souvent agrémentées de plantes aromatiques et ornementales. Les potagers se caractérisent par la diversité des espèces* plantées et par la petite taille des parcelles, généralement cultivées dans le cadre des loisirs, au sein du cercle familial ou communautaire. Les potagers genevois sont soit des lopins de terre privatifs, principalement liés aux quartiers de villas, soit des jardins familiaux, soit, depuis quelques années, des potagers urbains (dans les parcs ou sur les toits par, exemple).

Les potagers sont soumis à des traitements de différentes intensités selon les propriétaires des parcelles. Certains sont cultivés de manière biologique, tandis que d’autres seront traités avec des herbicides et autres produits phytosanitaires. La végétation spontanée des potagers, les «mauvaises herbes» du jardinier, partage globalement les mêmes conditions de vie que dans les cultures maraîchères et les grandes cultures, à savoir qu’elle profite d’un sol bien alimenté en eau et en nutriments*, mais qui est fréquemment remanié; ce qui nécessite des adaptations spécifiques (cycle annuel, production de graines importantes et à longue durée de vie dans le sol, croissance rapide, etc.). Cette végétation est la cible du désherbage (manuel, par sarclage et/ ou par herbicides). Adaptée à ces conditions «adverses», la végétation des zones cultivées disparaît rapidement lorsque le travail du sol cesse1. Dans les potagers, les laiterons (Sonchus spp.), le mouron des oiseaux (Stellaria media), la véronique de Perse (Veronica persica), la mercuriale annuelle (Mercurialis annua), le mouron des champs (Anagallis arvensis), la digitaire sanguine (Digitaria sanguinalis) ou le pourpier maraîcher (Portulaca oleracea) sont souvent présents. La carte cantonale des milieux regroupe à l’échelle du 1:5’000e trois variantes de végétation spontanée se développant dans les surfaces potagères, selon le type traitement du sol (sarclage ou autres):

  • les groupements spontanés du Veronico-Euphorbion (Mercurialetum annuae, Thlaspio-Fumarietum, Lamio-Veronicetum) colonisent les sols alcalins, riches en nutriments*, ne connaissant pas de sécheresse estivale2. Ces groupements sont particulièrement liés aux surfaces sarclées et enrichies en nutriments* comme les jardins potagers et les vignes1. Ils peuvent tantôt former des groupements denses, dominés par la mercuriale annuelle (Mercurialis annua)2, ou offrir un faciès dominé par la fumeterre officinale (Fumaria officinalis)2, associée au laiteron rude (Sonchus asper)2, à la véronique de Perse (Veronica persica)2 et au lamier pourpre (Lamium purpureum)2.
  • les groupements spontanés à renouées et chénopodes (Polygono-Chenopodion) sont liés aux sols acides, à granulométrie* fine (sables, limons), très riches en nutriments* et restant frais* toute la saison2. Bien présents dans les cultures maraîchères intensives, ils se trouvent également dans les potagers1. Et se caractérisent par la présence du chénopode polysperme (Chenopodium polyspermum)2, souvent accompagné de la renouée persicaire (Polygonum persicaria)2, de la renoncule rampante (Ranunculus repens)1 et la cardamine à tiges nombreuses (Cardamine hirsuta)1. L’amarante bleuâtre (Amaranthus blitum) et le pourpier potager (Portulaca oleracea) sont parfois dominants2.
  • les groupements spontanés à sétaires et panics (Panico-Setarion) se rencontrent sur des sols acides, à granulométrie fine (sables, limons), riches en nutriments* et s’asséchant temporairement l’été2. Surtout associés aux grandes cultures d’été (comme celle du maïs)1, ils peuvent aussi investir les jardins portagers2. Ces groupements peuvent être dominés en été par la sétaire glauque (Setaria pumila) et la sétaire verte (Setaria viridis)2. Sur les surfaces cultivées abandonnées, il est possible de rencontrer le chénopode blanc (Chenopodium album), associé à l’amarante réfléchie (Amaranthus retroflexus)2. Ils offrent parfois une physionomie dominée par la sétaire verticillée (Setaria verticillata) et le pissenlit officinal (Taraxacum officinale), ou par l’échinochloa pied-de-coq (Echinochloa crus-galli)2.

Où observer

Dans les jardins communaux de Balexert (Vernier) ou dans ceux de La Touvière au sud de La Plaine (Avully).

Quand observer

Toute l’année.

Profil

Surface en hectares
130
Pourcentage du canton occupé
0.46%
Humidité
Minimum Moyenne Maximum
2.7 2.9 3
Acidité
Minimum Moyenne Maximum
3.2 3.2 3.3
Richesse en nutriments
Minimum Moyenne Maximum
4 4 4.1
Granulométrie
Minimum Moyenne Maximum
4 4 4.1
Naturalité
Value
4

Le saviez-vous?

La problématique de la conservation des espèces* qui vivent dans notre environnement immédiat est prise au sérieux par les citoyens et les collectivités. Afin de maintenir des espaces verts et d’aménager des biotopes favorables à la biodiversité*, des politiques de « nature en ville » ont vu le jour. La Charte des Jardins est un exemple d’outil de sensibilisation qui s’adresse aux particuliers comme aux collectivités pour favoriser la biodiversité dans les jardins. Il y est préconisé, entre autres, de favoriser la présence de structures favorables aux petits animaux dans les jardins (haies indigènes*, prairies ou gazons fleuris, tas de feuilles, etc.) et la présence d’espèces* de plantes indigènes*,. L’utilisation d’anciennes variétés locales est promue (par opposition aux variétés nouvelles sélectionnées pour la production agricole de masse), car, en plus d’apporter de nouvelles saveurs dans l’assiette du consommateur, elles permettent de contribuer à la sauvegarde du patrimoine génétique et culturel des plantes comestibles. De plus, ces plantes, souvent rustiques, sont particulièrement bien adaptées au terroir et résistent bien aux pathogènes (maladies, parasites, etc.).

Valeur biologique

Sur le plan floristique, les potagers sont généralement dominés par des espèces* horticoles* à vocation ornementale et hébergent une flore spontanée nitrophile* plutôt banale. Les potagers jouent toutefois un rôle écologique important dans le paysage urbanisé, souvent dominé par les surfaces dures. Ils s’intègrent à l’infrastructure écologique du canton en complétant le maillage vert entre ville et campagne. S’ils ne sont pas soumis à une exploitation trop intensive (engrais, pesticides), les potagers représentent pour les petits animaux des havres de verdure et des ressources de nourriture importantes en zone urbanisée. Dans les zones périurbaines, voire rurales, ils favorisent une diversification des niches écologiques*. En effet, plus leur structure est variée, plus ils présentent d’intérêt pour la faune en offrant une multitude de sources de nourriture et d’abris potentiels, par exemple lorsqu’ils sont agrémentés d’espèces* fleuries comme le souci des jardins (Calendula officinalis) ou la bourrache (Borago officinalis).

Les jardins familiaux ou privatifs accueillent des petits animaux et il est courant de croiser le hérisson (Erinaceus europaeus), l’orvet (Anguis fragilis), le lézard des murailles (Podarcis muralis) ou la coccinelle à sept points (Coccinella septempunctata). Cette dernière est une formidable auxiliaire* des cultures. En se nourrissant de nombreux pucerons, elle aide le jardinier dans son travail quotidien. Avec un peu de chance, il est également possible d’observer le superbe machaon (Papilio machaon), dont la chenille se nourrit de feuilles de plantes de la famille botanique des apiacées (fenouil et carotte, par exemple). Quant à la larve de cétoine dorée (Cetonia aurata), elle joue un rôle important dans la dégradation de la matière organique des composts.

Vulnérabilité et gestion

Evolution historique

Au Moyen Age, le jardin potager est un espace cultural dédié à la culture des légumes, traditionnellement situé dans le prolongement direct du foyer, puisqu’il se trouvait généralement sur la même parcelle que l’habitation. Il semble que, durant la période allant du Moyen Age jusqu’à l’Ancien Régime, les récoltes du potager étaient essentielles à l’économie et l’alimentation domestiques3. Cet apport complémentaire permettait de pallier les disettes ou de répondre à la cherté des aliments. Un rôle que le potager a conservé par la suite, notamment durant le XIXe siècle lors de l’industrialisation et de l’ère des jardins d’ouvriers. Les cultures potagères ont permis de diversifier les rations alimentaires et ont contribué, au fil des siècles, à assurer la sécurité alimentaire des populations. Cette fonction, les potagers l’ont toujours, alors que de nouvelles formes urbaines sont explorées dans le but de réintégrer la production alimentaire dans les villes.

Organisation et travail du potager

Historiquement, le potager est souvent clôturé (de murs, haies ou palissade) et cultivé intensivement. La terre est très travaillée (labourée, bêchée, aérée) et engraissée (au Moyen Age, par les latrines, les cendres et la basse-cour). L’outillage du potager, généralement rudimentaire, est utilisé en prolongement de la main. Il n’a que peu évolué depuis. Les outils principaux restent la bêche, la pelle, la houe, le râteau, ainsi que la brouette et l’arrosoir. Les progrès et les évolutions portent surtout sur une intense sélection des plantes3. Beaucoup de plantes cultivées aujourd’hui par l’agriculture ont tout d’abord été «créées» dans les potagers.

Origines et variétés

Au Moyen Age, on cultivait dans les potagers européens des plantes domestiquées à partir d’espèces* sauvages indigènes*. Ces plantes ont aujourd’hui pour la plupart perdu de leur importance, quand elles n’ont pas complètement disparu des potagers. Durant le Moyen Age, des plantes d’origine africaine comme les concombres, les melons et les choux-fleurs ont été introduites dans les potagers européens via les échanges avec la culture arabo-musulmane. Lors des échanges avec l’Asie, les potagers se sont enrichis de l’estragon, des épinards ou de l’aubergine. Puis, les colonisations des terres américaines apporteront une nouvelle palette de végétaux provenant du Nouveau Monde. Ces plantes (tomate, piment, maïs, pomme de terre ou haricot), qui font à présent pleinement partie de notre régime alimentaire, ont d’abord nécessité un temps d’acclimatation à nos latitudes. Avant de pouvoir être cultivées à large échelle, elles ont été soumises à un long processus de sélection dans les potagers, qui a permis la création de variétés adaptées à nos sols, nos climats et nos goûts4, 5.

Cartographie

La classification semi-automatisée, utilisée lors du processus de création de la carte des milieux, a, dans certains cas, assimilé des «jardins privatifs» à la catégorie «potagers». Il s’agit, en général, de jardins d’agrément, composés d’une diversité de structures (gazons, haies, arbres), directement adjacents à la surface potagère.

Catégories de légumes

Les légumes cultivés dans les potagers, comme dans les cultures maraîchères, peuvent être catégorisés en fonction des parties qui sont consommées. On distingue:

  • les légumes feuilles, tels que les salades ou épinards; 
  • les légumes à tiges, tels que les asperges ou poireaux;
  • les légumes à inflorescences, tels que les brocolis, choux-fleurs ou artichauts ;
  • les légumes racines, tels que les carottes, betteraves, radis ou panais ; 
  • les légumes fruits, tels que les tomates, concombres, courgettes ou courges ;
  • les légumes bulbes, tels que les oignons ou aulx ;
  • les légumes tubercules, tels que les pommes de terre ou topinambours.

On peut encore citer les légumineuses, de la famille botanique des fabacées, dont on consomme la graine (pois ou lentilles) ou le fruit (haricots).

 

 

Dynamique

Les potagers sont des unités trop exploitées pour présenter une succession de végétation.

Espèces

Flore vasculaire
Amarante bleuâtre Amaranthus blitum
Lamier pourpre Lamium purpureum
Pissenlit officinal Taraxacum officinale
Laiteron rude Sonchus asper
Sétaire glauque Setaria pumila
Séneçon commun Senecio vulgaris
Pourpier potager Portulaca oleracea
Renouée persicaire Polygonum persicaria
Renouée des oiseaux Polygonum aviculare
Mercuriale annuelle Mercurialis annua
Fumeterre officinale Fumaria officinalis
Amarante réfléchie Amaranthus retroflexus
Euphorbe réveille-matin Euphorbia helioscopia
Digitaire sanguine Digitaria sanguinalis
Chénopode polysperme Chenopodium polyspermum
Chénopode blanc Chenopodium album
Capselle bourse à pasteur Capsella bursa-pastoris
Mouron des champs Anagallis arvensis
Sétaire verte Setaria viridis
Mouron des oiseaux Stellaria media
Véronique de Perse Veronica persica
Mammifères
Hérisson Erinaceus europaeus
Reptiles
Orvet Anguis fragilis
Lézard des murailles Podarcis muralis
Lépidoptères
Machaon Papilio machaon
Piéride de la rave Pieris rapae
Coléoptères terrestres
Cétoine dorée Cetonia aurata
Coccinelle à sept points Coccinella septempunctata
Doryphore Leptinotarsa decemlineata
Autres
Grande limace rouge Arion rufus
Horticoles
Côtes de bette Beta vulgaris
Choux Brassica oleracea
Courge/Courgette Cucurbita spp.
Carotte Daucus carota subsp. sativus
Fenouil Foeniculum vulgare
Fraisier Fragaria x ananassa
Laitue Lactuca sativa
Tomate Lycopersicon esculentum
Haricot Phaseolus vulgaris
Radis Raphanus sativus
Cassis Ribes nigrum
Groseillier à grappes Ribes rubrum
Framboisier Rubus idaeus
Pomme de terre Solanum tuberosum
Faune invasive
Coccinelle asiatique Harmonia axyridis
Auteurs
Sophie Pasche, Catherine Bertone, Anne-Laure Maire, Yves Bourguignon, Pascal Martin, Florian Mombrial, Patrice Prunier