Forêts inondables

Salicion albae / Alnion glutinosae / Alnion incanae / Fraxinion / autres groupements inondables non caractérisés

Description

Les forêts inondables sont des formations forestières humides liées aux zones alluviales* et aux eaux stagnantes. Elles se rencontrent surtout le long des cours d’eau et peuvent également border les lacs, les zones humides comme les étangs ou les marais et se développer dans les zones les plus humides des massifs forestiers. Leur aspect est marqué par la dominance d’essences hygrophiles*, majoritairement pionnières* et héliophiles*, telles que le saule blanc (Salix alba), les aulnes (Alnus spp.), les peupliers (Populus spp.) ou le frêne (Fraxinus excelsior). Le sous-bois, plus ou moins régulièrement touché par les crues, est souvent luxuriant, riche en hautes herbes, en buissons ainsi qu’en lianes1.

Les forêts inondables se déclinent en plusieurs alliances végétales. Certaines, les forêts riveraines, sont liées aux rives des cours d’eau et sont tributaires de la fréquence et de l’intensité des crues, ainsi que du niveau moyen et de l’amplitude des fluctuations de la nappe phréatique*. En plus du régime de crues et de l’influence de la nappe*, la granulométrie* du substrat influence le type de forêt riveraine.

Dans les zones soumises aux crues s’installent des forêts d’essences à croissance rapide et à bois tendre, les saulaies blanches (Salicion albae) et les aulnaies blanches (Alnion incanae). En l’absence de nouvelles crues, sur les terrasses les plus éloignées du lit mineur* du cours d’eau, le milieu* évolue vers des forêts d’essences à bois dur, les frênaies et les chênaies-frênaies (Fraxinion). Les frênaies se rencontrent également hors contexte alluvial*, que ce soit en versant ombragé, en bas de pente, en dépression humide ou le long des petits cours d’eau, dans des conditions trop humides pour le hêtre1. Les aulnaies noires (Alnion glutinosae) sont des forêts inondables marécageuses non liées aux processus alluviaux*, qui se rencontrent sur des sols gorgés d’eau en permanence.

La carte cantonale des milieux distingue à l’échelle du 1: 5’000e les quatre catégories suivantes :

Les saulaies blanches

Les saulaies blanches (Salicion albae: Salicetum albae) sont des groupements dominés par le saule blanc (Salix alba)2, parfois mêlé à des peupliers (Populus alba, P. nigra)2. La saulaie blanche est présente en linéaire le long des grands cours d’eau et des lacs1. Elle est reconnaissable de loin grâce au feuillage cendré du saule blanc1. Il s’agit d’une formation périodiquement inondée par les crues, qui se développe sur des sols peu évolués formés par des alluvions fines et engorgés une partie de l’année1, 3. La saulaie blanche est souvent mélangée à d’autres formations de type forêts alluviales*, avec la présence fréquente de frênes (Fraxinus excelsior) et de robiniers (Robinia pseudoacacia). La strate* arbustive est inexistante ou presque2. La strate* herbacée, souvent détruite par les crues1, est formée des grandes espèces* nitrophiles* comme le roseau (Phragmites australis)1, 2, l’ortie (Urtica dioica)1 et l’alpiste roseau (Phalaris arundinacea)1, 2, fréquemment accompagnées de l’iris jaune (Iris pseudacorus)2 et de lianes (houblon – Humulus lupulus, morelle douce amère – Solanum dulcamara)1, 4. A Genève, la saulaie blanche est présente dans les boucles de l’Arve et du Rhône, dans les bras morts comme au Moulin-de-Vert5 ou en ceinture des grandes zones humides. Ailleurs, le long des tronçons artificialisés, elle est parfois présente de manière fragmentaire et peu typée, sur quelques mètres de large seulement5, 6.

Les aulnaies

La catégorie des aulnaies regroupe au 1: 5’000e les aulnaies noires et les aulnaies alluviales :

  • les aulnaies noires marécageuses à laîche allongée (Alnion glutinosae: Carici elongatae-Alnetum glutinosae) sont des groupements peu denses, dominés par l’aulne glutineux (Alnus glutinosa)2. Cette unité se développe sur sols argileux2, non alluviaux*, durablement inondés et asphyxiants*,7. Les aulnaies noires ne sont pas liées à la dynamique alluviale*, elles sont présentes dans des cuvettes argileuses à eau stagnante7, au sein des massifs forestiers, au contact des marais ou le long des cours d’eau lents non sujets aux crues1. La strate* arbustive est absente ou peu développée, avec dans ce cas la présence de la bourdaine (Frangula alnus) et du frêne (Fraxinus excelsior)4, 7. La strate* herbacée est composée d’espèces* hygrophiles*, 1 qui supportent les conditions asphyxiantes*. Elle est dominée par la laîche élevée (Carex elata)2, qui forme des touradons*, fréquemment accompagnée de l’iris jaune (Iris pseudacorus)1. Les aulnaies noires sont peu fréquentes à Genève.
  • les aulnaies alluviales à prêle d’hiver (Alnion incanae: Equiseto hiemale-Alnetum incanae) sont des groupements dominés par l’aulne blanc (Alnus incana)2. Cette unité est présente en situation alluviale*, 2 sur des matériaux grossiers et filtrants, typiquement en faible pente. Le sol est souvent inondé, mais il n’est pas asphyxiant* comme dans l’aulnaie noire. Le sous-bois est dense, avec une strate* herbacée souvent luxuriante, qui est parfois remaniée par les crues1. La strate* arbustive comporte régulièrement le cornouiller sanguin (Cornus sanguinea)2, le fusain d’Europe (Euonymus europaeus)2 et le merisier à grappes (Prunus padus)2. La strate* herbacée est généralement dense et dominée par la prêle d’hiver (Equisetum hyemale)2 ou par la ronce bleuâtre (Rubus caesius)1, accompagnées par des espèces* hygrophiles* comme la laîche à angles aigus (Carex acutiformis)1 , le populage des marais (Caltha palustris)1 ou la lysimache commune (Lysimachia vulgaris)1. Elle peut présenter des similarités avec la strate* herbacée des frênaies (Aegopodium podagraria, Humulus lupulus)1. Ce type de forêt est rare et fragmentaire à Genève, couvrant de petites surfaces en étroits cordons le long des cours d’eau comme au bord de l’Allondon5.

Les forêts riveraines des petits cours d’eau

Les forêts riveraines des petits cours d’eau sont des formations linéaires présentes le long des ruisseaux, typiquement au sein du paysage agricole. Elles sont souvent liées à des zones creusées par la rivière. Au niveau de la structure, elles ressemblent aux cordons boisés, mis à part qu’elles sont liées à la présence d’un cours d’eau. Elles sont dominées par le frêne (Fraxinus excelsior), qui est accompagné par d’autres feuillus hygrophiles* comme l’aulne blanc (Alnus incana), l’aulne noir (Alnus glutinosa), le chêne pédonculé (Quercus robur) et le merisier (Prunus avium).
Certaines de ces forêts riveraines de petits cours d’eau peuvent être rattachées aux groupements à laîche à épis espacés et frêne (Fraxinion: Carici-Fraxinetum), aussi désignés comme des frênaies des ruisseaux8. Ce sont des groupements dominés par le frêne (Fraxinus excelsior), liés aux bords des petits ruisseaux souvent inondés8 (là où serait présente la saulaie blanche sur les grands cours d’eau), avec de l’eau circulante8 et une dominance de matériaux à fraction* argileuse dans le sol2. La strate* arbustive est peu développée et pauvre en espèces*, tandis que la strate* herbacée est luxuriante et généralement dominée par la laîche à épis espacés (Carex remota)2, la laîche à épis pendants (C. pendula)2 ou la prêle géante (Equisetum telmateia)2. Ce groupement est plus hygrophile* que la chênaie-frênaie (Querco-Ulmetum)9 et il est ordinairement présent sur de petites surfaces étroites dans les méandres des ruisseaux8.

Les autres forêts inondables

Les «autres forêts inondables» se rencontrent typiquement sur les rives des petits cours d’eau encaissés, en situation plane ou dépressionnaire, ainsi qu’en bas de pentes humides.

La catégorie des autres forêts inondables regroupe au 1: 5’000e les milieux* suivants :

  • les groupements à érable sycomore et frêne (Fraxinion: Aceri-Fraxinetum), aussi désignés comme des frênaies de talus10. Ces groupements sont dominés par le frêne (Fraxinus excelsior) et l’érable des montagnes (Acer pseudoplatanus)2. Ils sont présents sur des matériaux grossiers (matériaux caillouteux à fraction* limono-sableuse2) et des sols riches en nutriments*, sur les terrains escarpés ou au bord des rivières endiguées10. Le sol est sec en surface, mais détrempé à faible profondeur10. La strate* arbustive est peu développée et la strate* herbacée est luxuriante, avec des tapis d’herbe aux goutteux (Aegopodium podagraria)2 et de ronce bleuâtre (Rubus caesius)2.
  • les forêts riveraines non caractérisées, qui n’ont pas pu être rattachées à une catégorie précise, soit par manque de données sur la végétation, soit parce qu’elles sont composées d’un mélange hétéroclite d’essences feuillues tolérantes à l’humidité (ormes, chêne pédonculé, frêne, aulnes) qui les rend difficilement rattachables à une unité phytosociologique*. La dominance du frêne (Fraxinus excelsior), souvent associé au robinier (Robinia pseudoacacia), et la présence d’une strate* herbacée souvent luxuriante, composée d’espèces* hygrophiles* et mésophiles* forestières, permet tout de même de rapprocher ces groupements des frênaies (Fraxinion).

Où observer

• La saulaie blanche : le long du Rhône, par exemple à la hauteur des Teppes de Verbois (Russin), aux marais des Crêts et des Fontaines (Meyrin). • L’aulnaie noire : au Bois des Faisans (Bois de Machefer, Versoix). • L’aulnaie blanche : au bord de l’Allondon, vers les ruisseaux des Eaux Froides et des Eaux Chaudes (Russin, Dardagny). • La frênaie : dans le vallon de la Laire (Chancy) ou le long de l’Arve (Vessy, Veyrier).

Quand observer

En avril-mai, lorsque le saule blanc est en fleur. En juin, pour la floraison de l’iris jaune.

Profil

Surface en hectares
246
Pourcentage du canton occupé
0.87%
Humidité
-
Acidité
-
Richesse en nutriments
-
Granulométrie
-
Naturalité
Value
1-2

Le saviez-vous?

Le frêne (Fraxinus excelsior), qui façonne certaines forêts inondables ou stabilise les berges des petits cours d’eau, est menacé par un champignon virulent venu d’Asie. Débarqué dans les années 1990 à l’est de l’Europe via du matériel de pépinière, Chalara fraxinea est arrivé en Suisse et en France en 2008. La chalarose du frêne provoque la nécrose des feuilles et des branches, puis s’attaque à la base du tronc, tuant les espèces* européennes de frênes, vulnérables à la maladie, en quelques années. Parallèlement, elle ouvre la voie à d’autres pathogènes (insectes, champignons) qui colonisent les arbres malades et accélèrent leur agonie. Le champignon passe l’hiver sur les feuilles mortes et produit ses spores au printemps, à partir des feuilles au sol, pour infecter de nouveaux individus. Les gestionnaires des forêts doivent aussi se préparer à l’arrivée de l’argile du frêne (Argilus planipennis), un coléoptère, asiatique lui aussi, qui cause déjà des dégâts colossaux aux frênes américains. Il est très important, face à ces menaces, de conserver les frênes et leur diversité génétique, ce qui relève d’un grand défi pour les forestiers du continent européen. Sous peine de voir le frêne, qui est aujourd’hui très répandu dans nos paysages, disparaître rapidement…

Valeur biologique

Les forêts inondables ont une grande valeur biologique, paysagère, fonctionnelle et patrimoniale1, 3, 4. Tout d’abord, les forêts alluviales* protègent les rives de l’érosion. Elles permettent de réguler les crues, ce qui diminue les inondations1,4. De plus, ces forêts participent à l’autoépuration des eaux4. Les forêts inondables sont rares dans le canton (0,87% de la surface cantonale) et couvrent de petites surfaces, qui ont une importance élevée pour la biodiversité*. Ce sont des forêts luxuriantes, souvent riches en structures, qui offrent des habitats* diversifiés à la faune1. Dans les complexes alluviaux*, différents types de forêts (aulnaies, saulaies, frênaies) à différents stades de développement se côtoient, ce qui amène une grande diversité d’espèces* végétales et de structures sur de petites surfaces. Ces forêts se déploient généralement sous la forme de linéaires étroits, elles offrent ainsi des surfaces de lisières importantes1. Elles peuvent servir de corridor biologique pour le déplacement des animaux et de refuge grâce à la densité de la végétation.

Un cortège* d’espèces* animales spécialisées est lié aux forêts inondables. Les essences hygrophiles* hébergent des insectes spécialisés, comme les chenilles du petit mars changeant (Apatura ilia) ou de la sésie du peuplier (Sesia apiformis) qui se développent sur les peupliers et les saules. Le vieux bois des essences à bois tendre (aulnes, peupliers, saules) constitue une ressource essentielle pour de nombreux insectes xylophages*, dont les larves de l’aromie musquée (Aromia moschata), un coléoptère de taille impressionnante. Tous ces insectes* nourrissent à leur tour de nombreux oiseaux1, dont le loriot d’Europe (Oriolus oriolus), un oiseau coloré évoquant les tropiques, qui niche notamment dans les forêts inondables. De plus, dans les bois tendres des essences hygrophiles* se forment rapidement des cavités que les oiseaux utilisent pour nicher1.

Le saviez-vous?

L’aromie musquée (Aromia moschata) est un grand coléoptère qui se rencontre dans les forêts inondables, car sa larve se développe dans le bois tendre de vieux saules, parfois d’aulnes ou de peupliers. Elle creuse des galeries dans le tronc et se nourrit du bois en décomposition. L’aromie adulte est impressionnante avec ses 1,5 à 3,2 cm de long. Elle s’identifie facilement par ses longues antennes recourbées à l’extrémité (atteignant la taille de son corps chez le mâle, un peu plus courtes chez la femelle) et son abdomen allongé, de couleur vert métallique à reflets violets à cuivrés. Elle est souvent posée sur les saules, dont elle se nourrit de la sève, ou sur des fleurs d’apiacées (ombellifères) qu’elle butine. Son nom ne lui a pas été attribué au hasard. Lorsqu’elle est dérangée, l’aromie musquée émet une sécrétion à forte odeur de musc qui, malgré son objectif répulsif, nous paraît agréable. Si vous avez la chance de la croiser, ne l’embêtez pas trop, elle a de sacrées mandibules !

Vulnérabilité et gestion

Historique

Les forêts inondables regroupent une palette de formations forestières humides allant des milieux* alluviaux* aux milieux* marécageux, en fonction de l’influence du régime des crues des cours d’eau et des fluctuations de la nappe phréatique*. Ces forêts composent une grande partie des zones alluviales*, dont plus de 90% ont disparu en Suisse14. Jusqu’à l’entrée en vigueur de l’Ordonnance sur la protection des zones alluviales* d’importance nationale en 1992, la plupart des forêts inondables du pays étaient soumises à différentes contraintes humaines qui avaient comme conséquences de perturber le régime d’écoulement des eaux et de limiter l’amplitude et la fréquence des inondations, restreignant ainsi les processus d’érosion et de sédimentation6. Ces contraintes ont pu être diminuées avec la mise en protection et les actions subséquentes, mais elles n’ont pas disparu.

Actuellement, 326 objets sont inscrits à l’inventaire fédéral des zones alluviales* d’importance nationale et six de ces objets sont présents dans le canton de Genève15. Trois sont situés le long des rivières cantonales ayant conservé leur cours naturel: le vallon de la Laire, le vallon de la Versoix et le vallon de l’Allondon. Les trois autres, les sites de Vers Vaux, de la Touvière et du Moulin-de-Vert, sont situés au bord du Rhône. Ces zones alluviales* d’importance nationale sont souvent également protégées au niveau cantonal par des périmètres de plans de site ou de réserves naturelles et soumises à un plan de gestion. En dehors de ces zones alluviales* d’importance nationale, il existe, dans le canton de Genève, de nombreux reliquats de forêts inondables plus petits et plus fragmentés, situés le plus souvent près des cours d’eau ou de zones marécageuses.

Gestion sylvicole

Il n’y a pas à proprement parler de gestion sylvicole spécifique aux forêts inondables. D’un point de vue économique, les essences qui la composent ne sont pas intéressantes et ne sont pas exploitées comme bois d’œuvre ou de feu.

Une forêt inondable d’essences à bois tendre (saulaie et aulnaie) présente ordinairement une structure simple à deux strates* (arborescente et herbacée) et conserve généralement son caractère équien* tout au long de son développement. Les phases de sénescence sont caractérisées par une faible régénération des essences en place et par l’installation d’essences à bois dur ou d’essences climaciques*. Seule une crue importante est en mesure de détruire le peuplement* et de réamorcer le cycle d’installation d’une forêt inondable semblable sur des sédiments neufs. 

Dans la plupart des forêts inondables du canton, cette dynamique naturelle qui entraîne un rajeunissement de la forêt n’existe plus. Il n’est, en général, pas planifié de mesures pour pallier ce manque de dynamique. Les interventions effectuées ont plutôt comme objectif la préservation d’ouvrages ou alors sont en lien avec une gestion spécifique nécessaire à la préservation d’espèces* menacées*. En berge de cours d’eau, des plans d’entretien sont généralement élaborés et les forêts inondables peuvent être soumises à des interventions dans un but de protection des biens et des personnes. Cela consiste essentiellement à limiter le développement de la végétation le long des cours d’eau afin de conserver un gabarit hydraulique suffisant en cas de crues et d’éliminer les arbres instables, rendant ainsi les peuplements* plus stables et résilients. Le gestionnaire veille également à favoriser les essences en station*, à prendre des mesures pour lutter contre les néophytes* invasives* lorsqu’elles sont présentes16 et à planifier soigneusement les travaux afin d’éviter au maximum les dégâts occasionnés aux sols gorgés d’eau, très sensibles au tassement.

Une forêt inondable d’essences à bois dur (frênaie) s’installe spontanément le long des cours d’eau et dans les zones marécageuses où l’influence des inondations comme celle de la nappe est moins marquée. La correction ou l’assèchement des cours d’eau conduit souvent à leur développement jusqu’à la rive, au détriment des forêts inondables d’essences à bois tendre. Les essences caractéristiques de ces forêts (frêne, chêne pédonculé, orme montagnard, érables) ont une croissance facilitée en raison de la fertilité* élevée des sols et d’un bon approvisionnement en eau. En règle générale, pour les frênaies, le maintien des conditions du milieu* (fluctuations de la nappe*, inondations ponctuelles) suffit à conserver une dynamique naturelle avec une composition et une structure conformes à la station* et aucune intervention sylvicole n’est nécessaire6.

La colonisation par des néophytes* invasives* représente une menace pour les espèces* typiques des forêts inondables et tend rapidement à appauvrir le cortège* floristique de ces milieux*. A Genève, leur présence le long des cours d’eau fait l’objet d’une étroite surveillance et des mesures visant à leur élimination sont prises prioritairement le long des tronçons où les forêts ont un rôle prépondérant en matière de protection (des personnes et des biens) ou de biodiversité*.

Enjeux futurs

Les forêts inondables sont en régression partout en Suisse, tout particulièrement l’aulnaie noire et la saulaie blanche, qui sont considérées comme «en danger» sur la Liste rouge des milieux de Suisse (2016)17 et l’aulnaie alluviale qui est considérée comme «vulnérable». Les causes de cette vulnérabilité sont, d’une part, l’abaissement du niveau de la nappe provoqué par les drainages et, d’autre part, la perte de dynamique des crues suite à la correction des cours d’eau, à l’endiguement des rives, au contrôle du niveau des lacs et à la régulation des débits des cours d’eau (captages hydroélectriques)1. A Genève, ces atteintes, qui ont été intenses par le passé et ont conduit à la forte réduction des surfaces de forêts inondables, ne sont plus vraiment d’actualité. Les forêts actuelles ne sont donc pas menacées, mais leurs surfaces restreintes en font des milieux* rares à préserver.

Cartographie

Lors de la cartographie semi-automatique des milieux naturels du canton, il a pu y avoir des confusions entre les catégories des forêts riveraines de petits cours d’eau et des autres forêts inondables. La carte sera affinée par les observations de terrain.

Un autre groupement de frênaies (Fraxinion) est présent à Genève, les chênaies-frênaies (Querco robori-Ulmetum minoris). Ces forêts à caractère alluvial* sont situées le long des cours d’eau à courant lent11, sur les berges plates2, en retrait des saulaies blanches et des frênaies de ruisseaux9, dans des zones peu remaniées par les crues. Elles sont classées au sein du Fraxinion, mais, comme elles sont très proches des chênaies, elles sont considérées comme faisant partie de l’aile hygrophile* des chênaies genevoises et sont incluses au sein de la catégorie des chênaies mésophiles ou hygrophiles. Certaines surfaces de chênaies-frênaies (Querco-Ulmetum) ont été cartographiées comme «autres forêts inondables» lors de la réalisation de la carte. Pour ce genre de catégories difficiles à caractériser, la carte des milieux est vouée à être affinée par des observations de terrain.

 

Dynamique

Fichier

Ecogramme

Fichier

Espèces

Flore vasculaire
Iris jaune Iris pseudacorus
Roseau commun Phragmites australis
Peuplier blanc Populus alba
Peuplier noir Populus nigra
Ronce bleuâtre Rubus caesius
Saule blanc Salix alba
Oiseaux
Pouillot fitis Phylloscopus trochilus
Amphibiens
Crapaud commun Bufo bufo
Triton alpestre Ichthyosaura alpestris
Triton palmé Lissotriton helveticus
Grenouille rousse Rana temporaria
Lépidoptères
Petit mars changeant Apatura ilia
Sésie du peuplier Sesia apiformis
Coléoptères terrestres
Aromie musquée Aromia moschata
Lamie tisserand Lamia textor
Auteurs
Anne-Laure Maire, Sophie Pasche, Stéphane Sciacca, Yves Bourguignon, Pascal Martin, Florian Mombrial, Patrice Prunier