Bosquets urbains

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Description

Cette unité composée d’un groupement d’arbres et d’arbustes assure l’existence du réseau boisé en contexte urbain. Il s’agit dans certains cas de reliques des végétations présentes avant l’urbanisation. L’absence de structure ordonnée clairement définie traduit l’origine naturelle ou spontanée de ces boisements2, parfois enrichis par des plantations.

Bien que les nombreuses activités humaines influencent directement sa composition, cette unité s’apparente le plus souvent à celle des chênaies (peuplements dominants sur le canton), mais sous une forme dégradée. Les boisements les moins perturbés offrent classiquement une structure à trois niveaux composée d’une state herbacée basse très clairsemée voire inexistante, d’une strate moyenne buissonnante dans laquelle se développent des espèces comme le cornouiller sanguin (Cornus sanguinea), le buis (Buxus sempervirens) ou l’if (Taxus baccata) et d’une strate supérieure faite d’un mélange assez hétéroclite d’essences.

Aussi bien feuillues que résineuses, les essences forestières indigènes comme les chênes (Quercus petraea, Q. robur), le charme (Carpinus betulus), les érables (Acer spp.), le hêtre (Fagus sylvatica) ou l’épicéa (Picea abies) sont souvent dominantes et côtoient des essences ornementales, comme le marronnier (Aesculus hippocastanum), le platane (Platanus x hispanica) ou le cyprès de Lawson (Chamaecyparis lawsoniana).

Où observer

Au nord du parc Alfred-Bertrand, le long de la route de Florissant (Genève-Plainpalais).

Quand observer

Toute l’année.

Profil

Surface en hectares
359.9
Pourcentage du canton occupé
1.30%
Humidité
-
Acidité
-
Richesse en nutriments
-
Granulométrie
-
Naturalité
Value
4

Le saviez-vous?

La végétation urbaine joue un rôle important dans le piégeage du CO2. Une étude menée en 2011 à Leicester en Angleterre rapporte que les espaces verts publics et privés de la ville stockent plus de 231’000 tonnes de carbone dans leurs tissus, un chiffre plus important que ce qui était estimé jusqu’ici. Si les jardins privés ou les gazons tiennent une part minoritaire, les arbres constituent le principal puits de carbone, en retenant 97% de la quantité totale de carbone stockée en milieu urbain. Le travail d’évaluation des services écosystémiques, réalisé en 2014 en collaboration avec l’Université de Genève, rend également compte de l’importance des milieux arborés pour le stockage du carbone à l’échelle du canton. Ces résultats soulignent donc à la fois l’importance de protéger notre patrimoine boisé existant, mais aussi l’intérêt de réaliser de nouvelles plantations afin de pérenniser le réservoir de carbone. Par ailleurs, certains arbres contribuent à la dépollution et au filtrage de l’air. En 2013, les chercheurs de l’Université de Lancaster démontraient qu’ils agissaient comme des écrans en retenant les poussières fines à la surface de leurs feuilles. Placés devant un bloc d’habitations, les bouleaux verruqueux réduisaient de 52 à 65% la concentration en particules métalliques (issus de l’usure des freins de véhicule) enregistrée à l’intérieur des bâtiments. Une preuve de plus que les arbres sont précieux pour notre santé !

Valeur biologique

Les bosquets urbains s’intègrent parfaitement dans le maillage vert du canton et jouent le rôle de relais entre les différentes structures forestières.

La présence de grands et vieux arbres leur confère une valeur biologique importante. Le lucane cerf-volant et le grand capricorne, deux coléoptères protégés au niveau suisse3, 4, sont par exemple tributaires de la présence d’arbres anciens pour se nourrir et s’abriter. Ainsi, de nombreux insectes xylophages* ont été recensés en ville6. De plus, la présence d’arbres permet d’héberger en ville toute une série d’animaux : soit naturellement par installation spontanée dans les branches ou les cavités comme c’est le cas pour la noctule commune (Nyctalus noctula), le pigeon ramier (Columba palumbus), le timide pigeon colombin (Columba oenas) ou la chouette hulotte (Strix aluco), soit par l’installation de nichoirs. Sur le plan écologique, les bosquets urbains permettent l’infiltration des eaux de pluie qui ruissellent sur les surfaces dures. Ils contribuent ainsi à décharger les réseaux de canalisation, tout en garantissant l’alimentation des nappes phréatiques.

Vulnérabilité et gestion

Le maintien de la diversité spécifique est tributaire de la régénération naturelle des peuplements, elle-même fortement dépendante des usages. Les boisements les plus sains présentent des indices qui témoignent du bon fonctionnement de leur dynamique: bois morts au sol, structure étagée (strates herbacée, arbustive et arborée), mais aussi régénération spontanée d’individus. Les bosquets urbains sont soumis à la pression des activités humaines. S’il souhaite intervenir, le gestionnaire peut délimiter des zones qui seront affectées à des usages différents (zone de régénération forestière par exemple) sur une période de cinq à dix ans.

De plus, à l’échelle des bosquets urbains, la gestion est presque autant paysagère que forestière. L’aspect esthétique, mais aussi les contraintes sécuritaires (proximité du bâti par exemple) peuvent clairement influencer le choix des essences à favoriser. Les petites surfaces permettent de réaliser des interventions ciblées, notamment par l’intermédiaire d’arboristes-grimpeurs. De manière générale, la valorisation des bosquets urbains composés d’espèces indigènes permet de favoriser la faune locale.

Dynamique

Il est très difficile, voire impossible, de décrire une série évolutive naturelle entre unités dans un contexte où l’intervention humaine modèle en permanence la composition spécifique. Toutefois, il est indéniable que l’évolution de ces boisements est conditionnée par de nombreux facteurs comme le contexte général (climat et usage), la qualité du substrat en place, mais aussi la fréquence et l’intensité des interventions.

Théoriquement, en l’absence d’intervention durant plusieurs dizaines d’années, une évolution en direction des forêts typiques du climat et des sols genevois (climax* stationnel)7 devrait s’opérer.

Espèces

Flore vasculaire
Erable plane Acer platanoides
Epicéa Picea abies
Tilleul à larges feuilles Tilia platyphyllos
If Taxus baccata
Sureau noir Sambucus nigra
Chêne pédonculé Quercus robur
Chêne sessile Quercus petraea
Pin sylvestre Pinus sylvestris
Noyer royal Juglans regia
Erable sycomore Acer pseudoplatanus
Frêne commun Fraxinus excelsior
Hêtre Fagus sylvatica
Cornouiller sanguin Cornus sanguinea
Charme Carpinus betulus
Buis Buxus sempervirens
Bouleau pendant Betula pendula
Orme de montagne Ulmus glabra
Mammifères
Ecureuil Sciurus vulgaris
Chauves-souris
Noctule commune Nyctalus noctula
Oiseaux
Pigeon colombin Columba oenas
Pigeon ramier Columba palumbus
Corbeau freux Corvus frugilegus
Pic épeiche Dendrocopos major
Moineau domestique Passer domesticus
Sitelle torchepot Sitta europaea
Chouette hulotte Strix aluco
Etourneau sansonnet Sturnus vulgaris
Reptiles
Orvet Anguis fragilis
Orthoptères
Phanéroptère méridionale Phaneroptera nana
Lépidoptères
Tircis Pararge aegeria
Coléoptères terrestres
Grammoptera ruficornis
Horticoles
Marronnier Aesculus hippocastanum
Cèdres Cedrus spp.
Cyprès de Lawson Chamaecyparis lawsoniana
Tulipier de Virginie Liriodendron tulipifera
Platane d'Espagne Platanus x hispanica
Chêne rouge d'Amérique Quercus rubra
Plantes invasives
Ailante Ailanthus altissima
Buddleia de David Buddleja davidii
Chèvrefeuille du Japon Lonicera japonica
Laurier-cerise Prunus laurocerasus
Sumac Rhus typhina
Robinier faux-acacia Robinia pseudoacacia
Auteurs
Sophie Pasche, Yves Bourguignon, Pascal Martin, Florian Mombrial, Patrice Prunier